Article • mercredi 10 septembre
Nous voilà en route avec Jésus, avec des foules nombreuses. Étonnant, non ? Nous marchons avec Jésus, nous faisons route avec lui, nous ne sommes pas seuls dans la Vie. C’est l’idée du synode, synodos : chemin avec… cheminer avec des frères et sœurs de Jésus, et en réalité surtout avec, lui, Jésus ! Selon le thème du Jubilé 2025, nous sommes « pèlerins d’Espérance ». Jésus est en tête, et nous venons derrière lui, à sa suite, comme des disciples qui ont tout à apprendre de lui, parce qu’il est doux et humble de cœur, parce qu’il est la lumière de ce monde, qu’il est la vraie mesure de nos vies. Depuis Luc 9, 51, Jésus envisage Jérusalem, il « affermit sa Face en vue de Jérusalem » où il souffrira la Pâques, et nous donnera part à sa résurrection. Et nous marchons avec lui, plus ou moins conscients de la gravité de cette ascension, sans doute portés par l’espérance d’une libération. Et dans la page d’Évangile de ce dimanche (Luc 14), Jésus se retourne vers nous. Il semble nous dire : « Apercevez-vous l’issue de ce chemin que vous prenez avec moi ? J’ai moi-même renoncé à [litt. : haï] père et mère [je me dois aux affaires de mon Père, i.e. du Ciel], j’ai renoncé à femme et enfants, à frères et sœurs ; je suis en train de renoncer à ma vie même, par obéissance intérieure à mon Père… Mon chemin est un chemin de croix qui culminera au Golgotha ; on n’y va pas la fleur au fusil ; cela coûte un bras, mes 2 bras écartelés en croix ; alors peut-être vaudrait-il mieux ne pas me suivre… » Jésus, malgré la foule, je crois, se sent seul. Il me fait penser à Josué au moment de la conquête de la Terre promise, à Sichem : « Vous ne pouvez pas servir le Seigneur, dit Josué, car il est un Dieu saint, il est un Dieu jaloux, qui ne tolérera pas vos transgressions ni vos péchés », comme s’il doutait de leur capacité à choisir ce Dieu unique et saint ; mais cela les pousse à s’engager et dire : « Si, si, c’est le Seigneur notre Dieu que nous servirons, c’est à sa voix que nous obéirons » (Josué 24, 19…24). En avaient-ils les moyens ? Et nous ? au début de cette année dirons-nous à Jésus que nous le préférons à tout, jusqu’à haïr ce qui n’est pas directement lui, jusqu’à notre propre vie ? Une telle réponse risque d’être exaltée, hyperbolique ; mais nous pouvons essayer de la balbutier à Jésus qui semble craindre que nous ne soyons pas ses disciples jusqu’au bout… Giulia, notre confirmande, a exprimé qu’elle se sent bien dans l’Église de Jésus, donc dans cette communauté de disciples qui suit Jésus… Mais, en réalité, elle n’en a pas les moyens ! pas plus que nous, que moi, si nous ne recevons pas la marque de Jésus en plénitude : son Esprit-Saint, le sceau de Dieu, le Don qui consacre à l’œuvre de Dieu, parfois aussi son pardon pour nos faiblesses. En ce moment même, sont canonisés à Rome par le pape Léon 2 gars, un mort à 15 ans, l’autre à 24. Leur course de disciple s’est arrêtée subitement à cause de la maladie : Pier-Giorgio Frassati, mort d’une poliomyélite infectieuse aiguë à 24 ans, en 1925, et Carlo Acutis, d’une leucémie foudroyante en 2006 âgé de 15 ans. Ces deux-là, et beaucoup d’autres avec eux, avant eux, et je le crois après eux aussi, ont cru que la vie chrétienne en Jésus est une tour qu’il est possible de bâtir, une lutte à entreprendre face aux décevants royaumes de ce monde. En recevant leur témoignage, cessons de regarder le verre à moitié vide de nos pauvres forces, ne concédons pas à ce monde sans ambition de sainteté. Voyons le verre qui se remplit de l’Esprit que Jésus déverse dans nos cœurs quand nous l’implorons, comme ce sera donné à Giulia dans un instant par le sacrement de confirmation. Oui, nous cheminons ensemble à la suite de Jésus : mais c’est un ensemble composé de personnes libres : à chacune Jésus demande de le choisir, de l’aimer, de ne pas le laisser seul — même s’il n'est en vrai jamais seul puisque « le Père et moi nous sommes un ». Porter notre croix c’est sans doute déjà regarder la sienne, puisque ce sont nos péchés qu’il portait, nos vies qu'il sauvait en se renonçant lui-même. Au final être disciple de Jésus c’est se laisser regarder par lui qui se tourne vers chacun de nous pour lui adresser un regard non pas de reproche mais de pardon et d'amour.
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