Article • mardi 4 novembre
Chers frères et sœurs, je publie ici la prédication (un peu brute, c'est parfois seulement des notes) que je vous ai donnée samedi dernier. « Chers frères et sœurs, C'est un peu curieux pour moi de prêcher aujourd'hui devant vous, car nous ne nous connaissons pas encore. Mais cela tombe bien, car aujourd’hui c’est la fête de ceux que nous ne connaissons pas. Les saints inconnus, les saints anonymes. Arc de Triomphe à Paris : flamme au soldat inconnu --> flamme au saint inconnu. Ils sont nombreux. Ils ont gagné la guerre. Une foule innombrable, nous dit l’Apocalypse. Revenus de la grande épreuve, celle de l’Agneau. On ne connaît pas leur nom à tous mais on sait qu’ils ont mené le combat fondamental, remporté la plus belle des victoires : ils ont gagné Dieu lui-même. Leur récompense a été grande dans les cieux, même si cela fait s’est fait sans bruit sur la terre. Citation de George Eliot, les dernières lignes de son roman Middlemarch, le roman des ambitions immenses, nobles et déçues, mais avec une résolution dans la paix : « Le bien progresse dans le monde grâce à des actes que l’Histoire ne retient pas ; et si, pour vous et moi, la situation n’est pas aussi terrible qu’elle aurait pu l’être, nous le devons pour moitié à tous ceux qui vécurent fidèlement une vie cachée et qui reposent dans des tombes oubliées. » C’est ces lignes que Terrence Malick a mises en exergue de son film Une vie cachée sur le bienheureux Franz Jägerstätter, paysan autrichien qui refusa la conscription de l’armée nazie, et qui le paya de sa vie. Or pour nous, ces saints inconnus ne reposent pas dans des tombes : ils sont vivants auprès de Dieu. Au ciel. Et nous sur terre pouvons approcher d’eux. Demander leur aide. Nous sommes de la même famille. Celle que le Seigneur a promise et donnée à Abraham. Le Seigneur fit sortir Abram et lui dit : « Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux… » Et il déclara : « Telle sera ta descendance ! » Les étoiles sont innombrables. Les saints aussi. Famille nombreuse. Ils sont notre espérance. Une espérance dont nous pouvons être un avant-goût, enfants de Dieu que nous sommes déjà. Mais une espérance pas encore pleinement manifestée. Que nous avons à désirer encore. La famille s’agrandit, mais ce que Dieu nous réserve reste inouï, meilleur que ce que nous pouvons imaginer à partir de ses promesses et des témoignages des saints. C’est l’espérance au futur de l’Apocalypse : Au vainqueur je donnerai un nom nouveau que nul ne sait, sauf celui qui le reçoit. Apocalypse encore : Le vainqueur portera des vêtements blancs ; jamais je n’effacerai son nom du livre de la vie ; son nom, je le proclamerai devant mon Père et devant ses anges. C’est l’espérance de la Jérusalem céleste, que le psaume chante déjà au présent : Psaume146 : Alléluia ! Il est bon de fêter notre Dieu, il est beau de chanter sa louange ! Le Seigneur rebâtit Jérusalem, il rassemble les déportés d'Israël ; il guérit les cœurs brisés et soigne leurs blessures. Il compte le nombre des étoiles, il donne à chacune un nom. Apocalypse enfin : Je graverai sur [le vainqueur] le nom de mon Dieu et le nom de la ville de mon Dieu, la Jérusalem nouvelle qui descend du ciel d’auprès de mon Dieu, ainsi que mon nom nouveau. Le nom du Christ. Car aujourd’hui, pas seulement une fête de l’« admiration ». Mais aussi une fête de l’IMITATION. Que ce ciel étoilé, la Jérusalem céleste, ce Royaume des cieux, ne nous paraissent ni trop haut, ni trop loin. Car souvenez-vous : la descendance promise à Abraham n’était pas seulement étoiles : mais aussi grains de sable. Ça court partout dans la Bible : aussi nombreuse que les étoiles… et que le sable au bord de la mer. Cela nous ressemble plus, dans l’immédiat. Les étoiles ont d’abord été des grains de sable. Nous sommes poussière et esprit. Fils d’Adam et fils de Dieu, en Jésus Christ. Boue, et Royaume des Cieux. Nous sommes de la même terre, du « même bois » que les saints, et nous vivons sous le même ciel. Dans le même monde. Et si parfois nous sommes trop préoccupés de nous-mêmes, parce qu’on se trouve trop pitoyables ou qu’on est tout simplement égoïstes, n’oublions pas que nous appartenons même Corps que les saints. Car nous vivons dans le même monde mais surtout dans le même Corps, le Corps de l’Eglise, le Corps du Christ. Ce Corps dont les membres les plus pauvres sont par excellence « la chair du Christ », comme le répète l’exhortation apostolique Dilexi te du pape Léon 14. Les saints nous aident donc, et nous réveillent, pauvres en amour que nous sommes. Ils le peuvent car c’est le Christ qui nous aide. Il nous a tout donné. Sa vie, son nom, son Corps, ses saints. Alors HEUREUX. Heureux sommes-nous de pouvoir les imiter. À la manière de Dieu. La manière des béatitudes, ce bonheur véritable que le monde ne comprend pas. Pauvres. Pleurant en vérité. Doux. Cherchant la justice. Miséricordieux avec les autres. Le cœur pur. Pacifiques. Persécutés peut-être. Mais en tout cas, enfants de Dieu, comme le Christ. Frères et sœurs, j’ai commencé par dire que nous ne nous connaissions pas encore. Vous et moi. Et peut-être que nous ne nous connaissons pas encore nous-mêmes, les saints que nous sommes. Faisons donc connaissance, avec le bonheur qu’est Dieu, le bonheur du Fils, le bonheur des âmes. »
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