Fr. Joseph de Almeida Monteiro a présidé et prêché ce dimanche 24 août pour la dernière fois à Saint-Paul, alors qu'il s'apprête à rejoindre la paroisse francophone de Zurich également confiée aux dominicains. En cette rentrée, il en devient l'administrateur. Nous lui souhaitons grâce et courage pour cette nouvelle mission à Zurich. Merci, fr. Joseph, pour ta présence cette année à Genève et ta très belle homélie de ce dimanche. Voici son homélie: Celui qui a été fasciné par les thèmes propres à Luc – la joie, la fête, l’optimisme, la clémence de Dieu – est choqué. Il n’aurait jamais imaginé un tel comportement de la part de Jésus. Celui qui aimait les publicains et les pêcheurs et qui acceptait volontiers les invitations à dîner, maintenant ferme la porte à ses amis. Le Jésus inflexible de cette parabole ne ressemble pas à celui qui suggérait que l’on invite au banquet « des invalides, des boiteux et des aveugles » (Lc 14, 13), desquels on ne peut attendre ni la ponctualité ni qu’ils puissent trouver la porte d’entrée. Il ne ressemble pas au médecin qui était venu pour guérir les malades, ni le berger qui s’attendrit devant la brebis perdue, ni l’ami qui se lève de nuit pour donner son pain. Il a des sentiments différents, de ceux du père du fils prodigue. Son conseil aussi est étrange : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite !». On dirait que cela ressemble à une invitation à penser dans son seul salut. Il n’est pas difficile de comprendre ce qu’aura intéressé Luc à insérer dans l’Évangile ces paroles dures. Dans les communautés dont il avait la charge s’étaient introduit le laxisme, la fatigue, la présomption d’être en ordre avec Dieu, la conviction que les bons propos sont suffisants et que le salut peut être obtenu à bon compte. L’évangéliste Luc se rend compte que de nombreux chrétiens encourent le risque d’être exclus du Royaume et il se sent obligé de s’opposer au faux optimisme qui s’est répandu. Les détails sont dramatiques, le langage impressionnant, mais c’était ainsi que s’exprimaient les prédicateurs quand ils voulaient secouer les auditeurs. Cherchons à comprendre. D’abord : » Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ?» Certains rabbins enseignaient que tout le peuple de Dieu prendrait part dans le banquet du Royaume. Mais d’autres affirmaient : non, ce sont plus nombreux ceux qui se perdent que ceux qui sont sauvés. Jésus ne prend pas position sur cette question : elle est posée et dans ce cas la réponse, quelle qu’elle soit, est incorrecte et trompeuse. S’il dit oui, il crée une fausse sécurité. S’il répond non il provoque le découragement. Alors il se refuse à assumer ce rôle de visionnaire politique ; il n’est pas venu dévoiler des nombres et des dates secrètes, comme il en arrive chez bien des gens aujourd’hui. Il préfère changer de ton. Il n’entre pas en spéculation autour de la fin du monde et du salut éternel, il s’intéresse à éclairer le moyen par lequel on entre dans le royaume de Dieu, c’est-à-dire, comme on doit le faire pour être et rester son disciple, dans le moment actuel. La première condition est : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas ». Pour passer par une porte étroite, il y a un seul moyen : il faut se contorsionner, se contracter, enfin… il faut se rendre petit. Celui qui est grand et large ne passe pas : il peut essayer par tous les moyens, de face ou de côté, il n’y arrivera pas. C’est cela que Jésus veut donner à entendre : nous ne pouvons pas être des disciples si nous ne renonçons pas à être grands, si nous ne devenons pas petits et serviteurs de tous. Petit est celui qui sait qu’il ne mérite rien, celui qui en se regardant lui-même, se sent fragile et perdu, celui qui ne sait rien d’autre sinon supplier la miséricorde de Dieu, c’est celui-là qui parvient à passer. Celui, celle qui n’assument pas la disposition intérieure du petit, quelle que soit leur pratique religieuse, n’entre pas dans le royaume de Dieu. Jésus continue son discours, en nous invitant à lutter afin de prendre part dans le banquet moyennant une parabole qui introduit une autre exigence : il faut se presser, il n’y a pas de temps à perdre. Un homme offre gratuitement un banquet dans lequel n’importe qui peut prendre part- il suffit donc d’être petit et de ne pas se présenter avec des prétentions. Mais attention : à un moment donné la porte est fermée. Le maître de maison est Dieu sans doute, c’est lui qui organise – par la bouche des prophètes – le banquet. Certains invités crient du dehors, mais le maître de maison n’ouvre pas et les renvoie. Ce sont comme des membres de la communauté chrétienne. Ils considèrent qu’ils sont en ordre, mais ils ignorent que la connaissance de la proposition évangélique ne suffit pas, il faut y adhérer. Comme disait Bernanos : « Certains ne mouillent pas à la grâce de Dieu ». C’est une condamnation sévère par rapport à des rites extérieurs qui ne transforment pas la vie. Bien entendu cette condamnation n’est pas définitive. Les paroles de Jésus parlent du présent, d’ici et de maintenant, du royaume de Dieu. Il ne faut pas cultiver l’illusion d’être disciple du Christ sans en prendre les moyens. Ici est condamnée une vie tiède, incohérente, hypocrite. Sachons accueillir cet appel dans notre aujourd’hui qui est aussi un temps de rentrée. Sachons comme la graine de moutarde nous laisser nourrir pour porter du fruit, entrer à l’intérieur de nous-mêmes, ayons une force d’âme, du courage, de l’espérance. Jésus condense en une question les interrogations que de milliers de livres philosophiques ont parcouru sur le salut ou le sens de la vie. Comme lors d’un accouchement, prenons notre part de l’effort pour entrer de manière effective dans la vie : celle du Christ. fr. Joseph de Almeida Monteiro, o.p.
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