Article • mercredi 3 décembre
Chers paroissiens branchés sur O'Clocher, voici la prédication (ou plutôt mes notes) de la messe anticipée du 1er dimanche de l'Avent, samedi soir dernier, agrémentée d'un ange cendré, qui pourrait sonner l'heure de Noël aux bergers comme l'heure du retour du Christ à la fin des temps ! Un de mes frères dit toujours au début de l’été, quand les jours commencent à décroître : « C’est bientôt Noël »… et il a raison ! Il a tellement raison que, quand l’Avent commence et que Noël est véritablement tout proche, nous pouvons dire : « C’est bientôt la fin du monde » ! Car tous les textes proposés par la liturgie nous orientent vers celle-ci… Frappant avec ces textes : attente non pas de la nativité, mais du dernier jour, du retour du Christ ; non pas la 1ère mais la 2nde venue du Fils de Dieu ; pas la fragilité de la chair, mais sa gloire, et son pouvoir sur tous et chacun d'entre nous. Une attente encore actuelle donc, non pas tournée vers le passé, comme si on avait hâte que Jésus naisse. Il est beau, il est magnifique le divin enfant de la crèche, mais justement, cette naissance-là doit porter nos regards vers la prochaine, vers sa deuxième venue, aussi réelle que la 1ère. Or, notre époque n'attend plus. Tout au plus redoute-t-elle l'effondrement climatique, le gâchis de la planète Terre. Sans la grâce. La menace de l'irréversible, avec l'absence d'espérance. Pas d'attente, pas de promesse. Au niveau politique, plus de « lendemains qui chantent », plus de confiance dans le progrès. C'est plutôt le retour du "même", avec son lot de guerres, de terreur et d'épidémies. Et parmi les croyants, trouve-t-on une attente active et la certitude d'un retour très concret du Christ, inimaginable mais parfait, comblant nos soifs de justice, de guérison, de compréhension, réparant tout ? 1Co 15, 19 : Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. Rm 8, 18 : J’estime, en effet, qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous. Mais nous appartenons à notre époque, et nous partageons facilement sa manière immanente de comprendre nos vies et l'histoire du monde : sans Dieu, sans le Christ, d'autant plus si cette histoire et nos vies nous semblent une régression ou un chaos, sans direction. Or voilà notre vie spirituelle gravement diminuée, amputée. Et même notre humanisme et notre sens de la justice. Car comment est qualifié le Christ dans les lectures de ce 1er dimanche de l’Avent ? Que par des choses qui nous concernent très directement et collectivement : Fils de l'Homme, Seigneur, juge, arbitre, synonyme de paix, réunissant les nations. Mais aussi comme une réalité très personnelle : notre vêtement. Et même : comme un voleur... étrange voleur, qui reprend ses droits sur le monde entier. Que nous vole-t-il ? Voleur paradoxal : car pour lui, voler, c'est rendre. Le dicton enfantin dit : donner c'est donner, reprendre c'est voler. Avec Jésus on dirait plutôt : donner c'est donner, et voler c'est redonner. Il a volé notre chair pour la baptiser et la faire exulter ; il a pris notre esprit pour l'éclairer, et notre âme pour lui rendre la joie. Le temps qu'il nous volera, à notre mort ou à la fin du monde, ce sera pour nous donner l'éternité. J'ai dit que j'étais étonné d'à quel point l'Avent commence avec ces textes en semblant déjà enjamber Noël. Pas la naissance du Christ qui est attendue, mais ils nous orientent vers notre propre naissance, au ciel, à son retour. Voilà le jour et l'heure attendus. évangile : les jours de Noé, le jour du Fils de l'homme. 2e lecture : Se comporter en plein jour. Sens moral, du caché honteux et de l'honnête en plein jour ; mais sens eschatologique plus profond. Dans le plein jour de Dieu, pas d’orgies ! Mieux que ça. 1ère lecture : La paix universelle. La montagne du Seigneur. La 1ère montagne du Christ, c'est celle du sermon sur la montagne et des Béatitudes, bonheur pour le chemin, pleinement donné dans le royaume futur qu'on attend encore, avec Isaïe. Et qu'attendons-nous ? Comme à Noël : l'heure de la chair. Explication avec le mot mystérieux de ces feuilles affichées sur l’autel. à la fin de l'Avent, les antiennes Ô, à vêpres, du 17 au 23 décembre, avant le Magnificat : forment un acrostiche avec les 1ères lettres de : Sagesse-Adonaï-RacinedeJessé-ClefdeDavid-Orient-Roi-Emmanuel = SARC//ORE, abréviation du grec σαρκοσ ορα : « l'heure de la chair » ; à l'envers en latin, ero cras : « je serai demain ». Demain, c’est notre bonheur de la montagne du Seigneur et des Béatitudes ; demain, c’est Noël, et le Dernier Noël, c'est la venue et le retour du Christ ; l'heure de la chair, de notre chair, c'est pour bientôt. Elle a sonné à Noël, et elle sonnera pour de bon à la résurrection, au jour plein et définitif du retour du Fils de l'homme. D'ici là, que ce jour éclaire déjà nos vies, et nous revête des armes de la lumière. Que nous revêtions le Christ.
Voir les détails →