Lors d’une bienfaisante retraite de cette semaine de Pâques, j’ai bénéficié du spectacle, grandiose et quotidien, du coucher du soleil sur le mont Blanc.
Beau cadeau d’une Octave pascale ensoleillée, comme un Jour de Dieu qui semblait ne devoir jamais passer, majestueux tableau où vers 20h le blanc chaud du soleil laissait place à l’ocre rosé, puis, l’astre du jour ayant disparu derrière l’horizon, place à un blanc d’albâtre surréel paraissant invincible par-dessus le jour de ce monde.
C’était comme une aube inversée, le blanc permanent d’une lumière venue d’ailleurs semblant ne pouvoir s’éteindre avant que mes yeux ne s’abandonnassent au repos.
Selon l’IA…, «l’aube et l’aurore désignent le début du jour, dans un ordre précis : l’aube est la toute première lueur pâle et blanchâtre, suivie de l’aurore, lueur plus forte, colorée et rosée, qui précède immédiatement le lever du soleil — l’aube est une période, l’aurore un instant».
Mais, sur le mont Blanc au couchant, c’était l’inverse: d’abord comme une aurore rosée du soir, le cédant au blanc persistant comme d’une période nouvelle et éternelle, rayonnement demeurant d’un surcroît de lumière… Alors, pour en venir à notre Évangile du 2e Dimanche de Pâques, quelle tristesse pour l’apôtre Thomas d’avoir manqué le lever de Soleil vespéral du 1er jour du Christ ressuscité!
Comment peut-il rattraper cette vision et entrer dans le témoignage, la joie, des 10 autres qui ont vu le Seigneur au milieu d’eux, toutes portes closes par peur des juifs? Comment Thomas peut-il désormais communier à cette blancheur comme d’un autre monde devant ne jamais disparaître?
Son désarroi s’est cristallisé en un refus boudeur: «Si je ne vois pas la marque des clous, si ne porte pas mon doigt indiscret, ma grosse main, au cœur de ses blessures, jamais, non, je ne croirai.»
On est navré pour lui de cette posture presque infantile, navré avec lui pour cette posture possible de recroquevillement, chacun peut s'y reconnaître, cette tentation de ressentiment d’avoir raté le ravissement de l’aube du soir inaugurée le 1er jour de la Semaine de Pâque.
Mais le Seigneur miséricordieux a pitié des absents et autres retardataires: pour Thomas et pour nous, la merveille de l’aurore du 1er soir revient le 8e soir, ce soir. Jésus est là, et se tient au milieu, Thomas et nous étant présents.
Jésus précède nos murmures, il vient au-devant de l’exigence de Thomas, acceptant qu’il voie et même qu’il touche. Jésus veut nous emmener plus loin: il aide Thomas à sortir de ses ornières, de nos œillères de non-croyant auto-proclamé: «Ne devient pas non-croyant mais croyant».
Pour nous, frères et sœurs, comme pour Thomas demeure sans doute le traumatisme de la Passion, une secrète culpabilité due à la somme de nos péchés qui de fait a motivé l’Incarnation et la Croix; auquel s'ajoute le traumatisme d’avoir raté le 1er jour où Jésus, il y a 2000 ans, est apparu au milieu des siens.
Mais ne prétextons rien pour échapper à la Paix que seul Jésus donne, à sa présence. Laissons-le venir à nos devants, au-devant de nos exigences même puériles. Il les accepte, et les transforme, nous faisant, de prétendus a-croyants, devenir des croyants en sa divinité et en sa victoire.
Ne manquons aucun de ses dimanches qui vont de 8 en 8 et nous présentent ses mains et son côté pour nous guérir: «Sans le dimanche nous ne pouvons pas vivre!» reconnaissaient les premiers chrétiens.
Oui, le Seigneur est chaque 8e jour au milieu de nous, dans ce Jour nouveau qu’il fit pour l’éternité, aube nouvelle, dimanche in albis, réfraction de sa Résurrection sur l’Église, mont Blanc indéfectible de notre joie!